L’adaptation au Changement Climatique

par Quentin LE VIOL

Le Changement Climatique apporte bon nombre de désagréments déjà listés dans de nombreuses publications et que chacun a déjà pu expérimenter à son échelle. De la sécheresse aux inondations, en passant par les canicules ou les tempêtes de neige, l’actualité nous apporte désormais de façon très régulière son lot de mauvaises nouvelles environnementales.

Pour y faire face, le principal levier reste bien entendu la baisse des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), pour laquelle plusieurs articles sont à retrouver sur ce site.

Mais en parallèle de cette trajectoire de décarbonation qu’il faut suivre, il est néanmoins légitime de s’intéresser aux conséquences existantes et à venir du changement climatique sur sa structure professionnelle. C’est l’intention de cet article axé sur l’adaptation au changement climatique.

Pourquoi dois-je m’adapter ?

Avant de se lancer dans la méthode il est logique de s’interroger sur sa pertinence pour votre entreprise. La liste suivante donne les motifs principaux qui incitent les chefs d’entreprise à faire réaliser cette analyse.

A noter que tous les secteurs d’activités sont concernés par ces enjeux, la méthode n’est pas dédiée à telle ou telle spécialité.

Le coût de l’inaction

Premier sujet, au lieu de se questionner sur le ‘pourquoi’, interrogeons nous sur les conséquences financières dans le cas où la France ne mènerait pas d’actions pour s’adapter au changement climatique.

Comme le montre le graphique ci-dessous, issu du monde des assurances, le coût des sinistres liés aux aléas climatiques (sécheresse, inondation, etc.) est en forte augmentation ces dernières années. Ils avancent le chiffre de 10 Milliards d’euros en 2022, soit trois fois la moyenne de la décennie 2011-2021.

L’adaptation au Changement Climatique

Les projections effectuées à date par des organismes spécialisés avancent le chiffre de 143 milliards d’euros de sinistres projetés entre 2020 et 2050 soit +93% par rapport à 1989-2019.

Bien entendu se lancer dans une démarche d’adaptation a également un coût, mais qui est sans commune mesure avec ce qu’il faut dépenser pour ‘réparer’ les dégâts des aléas climatiques.

L’obligation réglementaire ou la demande d’un partenaire

L’une des conséquences de la hausse du coût des sinistres se situe du côté des assurances. Elles couvrent un certain nombre de risques, dont certains aléas climatiques, et se retrouvent confrontées à une hausse significative de leurs dépenses.

Certaines compagnies ont d’ores et déjà exigées de leurs clients qu’ils prouvent leur engagement en matière d’analyse des risques liés au climat.

Par ailleurs, les aléas climatiques peuvent impacter votre chaîne de valeur (fournisseurs, clients, etc.). Lors d’une analyse, le consultant expert intégrera d’ailleurs les principaux acteurs dont vous êtes dépendants.

Vous questionner sur votre robustesse face aux aléas climatiques c’est donc montrer à vos partenaires votre fiabilité, votre sérieux, et votre sens de l’anticipation pour l’avenir. C’est aussi vous questionner sur le devenir de vos marchés et leur pertinence lorsque le climat aura évolué dans les années à venir.

Sécuriser son activité et protéger ses salariés

Un évènement climatique a peut-être déjà perturbé votre activité et vous a conduit à devoir adapter votre façon de travailler. Les canicules estivales peuvent par exemple vous conduire à décaler vos horaires, ou le manque de disponibilité d’un produit à revoir vos productions.

Si ça n’est pas déjà le cas, il est fort probable que dans les années à venir vous deviez trouver des solutions pour assurer la sécurité de vos collaborateurs tout en ayant une continuité d’activité.

Pour cela il est important de vous questionner sur vos dépendances critiques afin de les sécuriser en prenant des décisions d’investissement éclairées.

Anticiper les hausses de température à venir

En 2026, année de rédaction de cet article, la température mondiale a déjà augmentée de plus de 1.5°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Si l’on reprend les trajectoires établies par le GIEC (Groupe d’experts indépendants sur le cimat), cette hausse devrait atteindre +2°C dés 2030 dans un scénario ‘médian’. A l’horizon 2050, la hausse devrait se situer entre +2°C pour le scénario médian et +2.5°C pour les scénarios les plus pessimistes.

Scénarios d’évolution des températures, 6ème rapport du GIEC (2021)
Scénarios d’évolution des températures, 6ème rapport du GIEC (2021)

Les scénarios ‘optimistes’ seraient le fruit d’une décroissance très forte qui ne semble pas se dessiner à l’heure actuelle.

Il est donc tout à fait raisonnable d’imaginer qu’à l’avenir, les conséquences déjà visibles du réchauffement climatique vont s’aggraver. S’engager dés à présent dans une analyse des risques climatiques pour votre entreprise, c’est donc vous préparer à la réalité à venir.

Le périmètre d’évaluation

Le périmètre d’évaluation de l’analyse des risques climatiques porte sur un ensemble d’aléas potentiels qui sont les suivants :

  • Variation des températures : canicules, feux de forêt, vagues de froid ou de gel, vagues de chaleur
  • Perturbation des flux d’air : tempêtes
  • Variation des précipitations : stress hydrique, sécheresse, inondations, disparition des couvertures neigeuses
  • Hausse du niveau de la mer : intrusion saline, inondation côtière
  • Variation du terrain : retrait-gonflement des argiles, glissements de terrain, affaissement

Parmi ces différents aléas, votre entreprise n’est pas nécessairement concernée par la totalité. Si vous n’êtes par exemple pas proche de la mer, les intrusions salines ne nécessitent pas à priori d’attention de votre part. L’analyse réalisée se concentrera donc, après une première réflexion, sur les sujets pertinents pour votre structure.

Une fois les aléas significatifs retenus, l’analyse va porter sur les différents flux de votre activité. Là encore ces flux vont faire l’objet d’une étude pour déterminer lesquels sont susceptibles d’être impactés par l’un des aléas climatiques.

Le périmètre englobe donc toute la chaîne de valeurs, incluant vos approvisionnements critiques, vos infrastructures et process, l’énergie et l’eau dont vous avez besoin pour fonctionner, le Fret entrant et sortant, les clients principaux dont vous dépendez.

La méthode et les outils

Une fois le périmètre établi, l’analyse se présente dans son fonctionnement comme une analyse des risques que vous pourriez déjà avoir réalisée. A la différence que dans le cas présent, elle se concentre sur les enjeux climatiques.

Etudier la vulnérabilité climatique

La vulnérabilité de votre entreprise pour un aléa climatique, sur un flux particulier, s’évalue en croisant plusieurs notions : l’exposition, la sensibilité et la capacité d’adaptation existante.

Prenons comme exemple la hausse de la température atmosphérique qui est susceptible de dégrader les conditions de travail dans vos locaux et pourrait empêcher vos salariés d’y travailler en sécurité. L’exposition est forte, la sensibilité est également critique. Si vos salariés ne peuvent pas travailler, on imagine assez aisément la perte pour votre entreprise.

En revanche, des solutions d’adaptation peuvent déjà exister suivant votre activité : vous pouvez mettre vos équipes en télétravail, vous décalez les horaires, vous avez un système de climatisation, etc. On pourrait donc ‘écarter’ assez facilement ce risque dans les actions à mener car des adaptations existent déjà.

En prenant un autre exemple, si pour ce même aléa votre fournisseur principal est contraint de mettre sa production à l’arrêt, vous allez avoir une baisse subie de votre activité. Toujours avec une sensibilité critique, mais cette fois avec une capacité d’adaptation qui pourrait être moindre. Il faudra alors aller plus loin dans la réflexion sur : votre dépendance à ce fournisseur, les alternatives possibles chez ses confrères, les adaptations de process que vous pourriez faire, un stock que vous pourriez prévoir pour anticiper les coupures, etc.

La première étape consistera donc, une fois les aléas climatiques ciblés, à évaluer le niveau d’enjeu pour chaque flux de votre activité afin de déterminer les risques et votre capacité à vous adapter.

Quantifier le coût et les évolutions futures

Pour chaque élément identifié comme étant sensible à un aléa climatique, il convient d’évaluer quel serait le coût pour votre entreprise en cas de sinistre. Si par exemple, votre client A représente 20% de votre CA et qu’il est fortement sensible aux canicules pour son activité, cela pourrait représenter un impact très significatif pour vous.

Il est par ailleurs intéressant de se projeter sur les évolutions futures car certaines adaptations peuvent prendre un certain temps. Aussi, les canicules étant amenées à s’intensifier à l’avenir et à devenir plus récurrentes, ce qui est potentiellement un risque faiblement coûteux en 2026 peut devenir plus significatif en 2030 et insoutenable en 2040.

Hiérarchiser les risques et les actions

Une fois votre évaluation terminée, les différents flux d’activités pourront être hiérarchisés dans une matrice des risques résiduels. Ce tableau recoupe les différents aspects évoqués précédemment : sensibilité à un risque climatique, capacité d’adaptation existante ou à venir, note d’évolution du risque.

Le but étant de concentrer ses actions sur les en enjeux majeurs, ayant une sensibilité forte et dont le risque peut s’aggraver avec la détérioration du climat.

Source : BPI France
Source : BPI France

Construire une feuille de route

Fort de cette matrice des risques, il convient pour initier la suite de la démarche de bâtir une feuille de route combinant un budget, un calendrier et des indicateurs de suivi.

Le but étant de faire progresser votre entreprise vers un modèle plus résilient. Certaines actions peuvent être rapides à mettre en place ou plus longue, il sera judicieux de se positionner sur deux échéances de temps : horizon 2030 et horizon 2050 par exemple.

Des responsables d’actions doivent être nommés pour confier la responsabilité de l’avancement à quelqu’un, avec un objectif à l’une des deux échéances. Si par exemple vous envisagez de revoir votre système de ventilation, il faudra chiffrer les travaux, nommer une personne en charge du suivi, se donner une date de réalisation et un indicateur permettant de valider la réussite de l’action (installation en service). 

Le plan national d’adaptation (PNACC)

Tout comme la baisse des émissions de GES pour laquelle la France dispose d’une trajectoire de décarbonation, l’adaptation au changement climatique est une affaire collective. Raison pour laquelle la France s’est dotée d’un Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC). Sa troisième révision, PNACC-3 a été publiée en mars 2025 et prévoit un ensemble d’actions pour adapter nos territoires et nos activités aux impacts actuels et futurs du changement climatique.

Le plan comprend environ 200 actions, pour tous les territoires, en ciblant prioritairement certaines localités spécifiques comme les zones littorales ou montagneuses par exemple. Les actions sont par ailleurs plus ciblées dans les secteurs d’activité estimés comme les plus vulnérables : tourisme, agroalimentaire, bois, bâtiment, numérique, transport.

Le but ultime de la démarche est de ‘protéger la population et rendre la société Française plus résiliente’ (Source ministère de l’écologie). A noter que le rapport table sur une hausse de +4°C des températures moyennes en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.

Source : Ministère de l’écologie, 2026
Source : Ministère de l’écologie, 2026

Engager son entreprise dans une démarche d’adaptation au changement climatique c’est donc à la fois protéger ses salariés, sécuriser son activité et préparer l’avenir. C’est également participer à un effort commun, mené par le ministère de l’environnement avec le PNACC.

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